Quand l’école devient un bouclier sur la route : le regard d’élèves journalistes sur la sécurité routière à Fès-Meknès
Prese scolaire
Plus de quatre mille personnes meurent chaque année sur les routes marocaines, dont 231 enfants de moins de quatorze ans. En visionnant l’enregistrement d’une rencontre entre l’Académie régionale d’éducation et de formation et la NARSA de Fès-Meknès, des élèves journalistes découvrent que l’école marocaine peut devenir un véritable bouclier pour protéger des vies, bien au-delà des salles de classe.
Nous n’étions pas présents physiquement au centre régional des formations et des rencontres Moulay Slimane, ce mardi 6 janvier 2026. Aucun de nous n’a assisté directement aux interventions des responsables pédagogiques et institutionnels. Pourtant, en visionnant l’enregistrement vidéo réalisé par notre professeur de presse scolaire, nous avons eu le sentiment de plonger au cœur de cet événement. Les voix, les visages, les mots, mais surtout les chiffres, nous ont touchés comme s’ils nous étaient destinés.
Ce qui nous a frappés avant tout, ce sont les réalités implacables de ce que les intervenants appelaient “la guerre des routes” au Maroc : plus de 4000 décès par an, dont 231 enfants de moins de 14 ans, soit 11 % des victimes. Derrière ces chiffres se trouvent des cartables, des couloirs d’école, des familles qui attendaient un retour qui n’est jamais arrivé. Face à ces données, nous avons compris que la question de la sécurité routière n’est pas une thématique parmi d’autres, mais un enjeu vital qui touche directement la vie des élèves.
Dans l’enregistrement, la prise de parole de M. Fouad ROUADI, notre directeur de l’Académie régionale d’éducation et de formation Fès-Meknès, a donné une orientation forte à cette rencontre. Il a insisté sur la nécessité d’investir dans l’éducation des enfants et des adolescents afin d’ancrer une véritable culture du respect de la route. Pour lui, la prévention doit s’inscrire dans la durée et se déployer à l’intérieur des établissements comme dans leurs abords immédiats. Il a valorisé le travail déjà accompli par les clubs de sécurité routière et fixé un objectif clair : étendre le projet du certificat scolaire de sécurité routière à l’ensemble des collèges de la région et augmenter le nombre d’élèves qui en bénéficient. En entendant ces mots, nous avons perçu que l’école ne transmet pas seulement des savoirs, mais aussi des comportements qui peuvent sauver des vies.
La voix de M. Ahmed AYMAZ, directeur régional de la NARSA à Fès-Meknès, a ensuite pris le relais, avec un ton à la fois lucide et engagé. Il a rappelé que l’agence, créée en 2020, place la prévention au cœur de son action et accompagne les initiatives qui visent à protéger les usagers de la route. La formation des animateurs des clubs de sécurité routière dans les établissements scolaires constitue, selon lui, un levier stratégique, car les élèves sont à la fois les citoyens de demain et les ambassadeurs de leurs familles dans l’espace public.
L’annonce de la création de dix nouveaux clubs au sein de la région a retenu notre attention. Ces clubs ont été dotés d’une véritable “boîte à outils pédagogique et logistique” : vélos, casques, téléviseurs, tablettes numériques, panneaux de signalisation et supports numériques d’animation. Ces équipements transforment la sensibilisation en expérience concrète, vivante et pratique, qui relie directement l’apprentissage scolaire aux situations réelles du quotidien.
M. AYMAZ a également présenté le projet “École sûre”, qui consiste à installer des dispositifs de protection et de traversée sécurisée à l’entrée des établissements scolaires. Quinze écoles de la région seront équipées ce mois-ci, en priorité celles situées le long des grands axes. Il a évoqué les partenariats engagés avec les collectivités territoriales pour améliorer le marquage au sol et l’aménagement des abords des écoles, rappelant que la NARSA contribue financièrement à hauteur de 50 % pour soutenir ces projets. Nous avons alors pris conscience que la sécurité routière résulte d’un effort partagé entre institutions, territoires et communauté éducative.
La prise de parole de Mme Houda ZOUHRI, cheffe du pôle éducation et prévention routière à la NARSA, a donné à cette rencontre une dimension pédagogique profonde. Elle a expliqué que les clubs de sécurité routière sont des espaces d’apprentissage civique où les élèves acquièrent des réflexes, une conscience et une responsabilité face à la route. Elle a présenté le certificat scolaire de sécurité routière destiné aux élèves de troisième année du collège, qui suivent un parcours de formation sur plateforme via Massar avant de passer un test de cinquante questions. Obtenir ce certificat, a-t-elle souligné, signifie plus qu’une réussite scolaire : c’est une compétence de vie.
Après avoir visionné ensemble les déclarations, les élèves journalistes ont échangé brièvement sur ce qu’ils venaient d’entendre. Aymen a exprimé son choc face au nombre d’enfants parmi les victimes et a confié qu’il n’imaginait pas que des chiffres puissent porter autant de douleur lorsqu’on les relie à la vie quotidienne des élèves. Nadia a souligné l’importance de la coopération entre l’Académie et la NARSA, qu’elle considère comme un engagement concret pour protéger les élèves aux abords des écoles. Hamza, de son côté, a mis l’accent sur le rôle des clubs de sécurité routière et sur leur capacité à encourager des comportements plus responsables sur la route.
En tant qu’élèves journalistes, nous avons compris que raconter ces paroles ne suffit pas. Notre rôle est aussi de transmettre un message à nos camarades. Les équipements remis aux clubs, les ateliers prévus dans les écoles, les certificats de formation ne seront utiles que si chacun de nous décide d’adopter des gestes de prudence au quotidien. La route n’est pas un lieu d’improvisation, mais un espace commun qui exige respect, attention et vigilance.
En conclusion, nous voulons adresser un message clair à tous les élèves de la région Fès-Meknès : chaque traversée, chaque trajet, chaque déplacement compte. Respecter un passage piéton, retirer ses écouteurs avant de traverser, éviter la précipitation à la sortie des cours, ce ne sont pas des gestes secondaires : ce sont des choix qui peuvent protéger une vie.
Si l’école devient aujourd’hui un bouclier pour la sécurité routière, à nous, élèves, de devenir la voix qui rappelle que la vie n’a pas de seconde chance sur la route.
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