"Avec l'UEMF, j'ose rêver plus grand" : quand l'université d'élite tend la main aux enfants de policiers
Presse scolaire
Ce soir du samedi 7 mars 2026, autour d'une table de ftour avenue Moulay Hicham, route d’imouzzer, à Fès, des lycéens se confient sur leurs ambitions et leurs espoirs après l'annonce d'un partenariat entre l'Université Euromed et la Fondation Mohammed VI.
La nuit est tombée depuis une heure sur Fès quand les verres de thé à la menthe finissent de circuler chez Youssef, lycéen en classe de terminale. Une petite troupe de jeunes journalistes en herbe a pris ses habitudes. C'est devenu un rituel du Ramadan : après avoir cassé le jeûne ensemble, on se retrouve chez l'un ou chez l'autre pour parler de tout, des exams, de l'avenir, et parfois, pour griffonner les premières lignes d'un article.
Ce soir, l'actualité les a rattrapés plus vite que prévu.
"Vous avez vu la nouvelle ?" lance Badr. "L'Université Euromed de Fès a signé une convention avec la Fondation Mohammed VI pour les enfants de policiers. Mon père est brigadier, je suis directement concerné."
Autour de lui, les regards se tournent, curieux. Dans la bande, on se passionne pour tout ce qui touche à la ville, à l’éducation et aux histoires qui méritent d’être racontées. Celle-ci, visiblement, a tapé dans le mille.
Derrière le langage administratif des "dispositifs de soutien financier" et des "conventions-cadres", il y a Badr, 17 ans, fils d'un brigadier de police, et des dizaines d'autres lycéens comme lui qui voient s'ouvrir une porte jusqu'alors entrouverte.
"L'UEMF, c'était un peu la lune pour nous", confie-t-il en reposant son verre. "On entend dire que c'est l'une des meilleures universités du pays, que les labos sont incroyables, que les profs viennent de partout... Mais financièrement, pour un enfant de policier, c'était compliqué d'y penser sérieusement."
La convention prévoit des réductions sur les frais de scolarité à partir de 10 % pour les enfants de policiers en activité ou retraités. Mais ce sont les mots "bourses d'études complètes" qui font briller les yeux de Badr et de ses camarades. "Pour les orphelins de la famille de la sûreté nationale, l'université peut être entièrement gratuite", explique sobrement le texte de l'accord. Une phrase qui, pour certains, pèse plus lourd que tous les discours.
À l'autre bout de la table, Yassine, qui vient de finir sa deuxième datte, s'anime. Lui ne parle pas de la lune, mais de la terre. "Je veux travailler sur les énergies renouvelables, les technologies environnementales. Et justement, l'UEMF est classée première du Maroc au GreenMetric, le classement qui évalue les universités les plus engagées pour l'environnement. Tu te rends compte ? La meilleure université du pays dans mon domaine, et maintenant potentiellement accessible."
Car si la convention est une nouvelle, l'ascension de l'UEMF n'en est pas une. En à peine treize ans, l'institution présidée par le professeur Mostapha Bousmina s'est hissée à la première place du classement marocain ScholarGPS, devant des universités historiques comme Mohammed V de Rabat. "J'ai regardé les classements", poursuit Yassine, intarissable. "Huit chercheurs de l'université sont parmi les 2 % les plus cités au monde. C'est ça l'excellence dont on nous parle. Et aujourd'hui, cette excellence, on nous dit qu'on peut y prétendre, pas par charité, mais par nos efforts."
Car les bourses ne sont pas automatiques. Elles sont attribuées "selon des critères reposant principalement sur l'excellence académique". Un détail qui, pour Aya, assise en bout de table et qui écoute en silence depuis un moment, change tout.
"Mes parents travaillent dur, souvent dans des conditions difficiles. Mon père est policier, ma mère est femme au foyer. Ils ont toujours voulu le meilleur pour moi, mais on sait que les grandes écoles privées, c'est souvent hors de portée. Alors quand on entend que l'université tend la main aux enfants de policiers, mais en exigeant l'excellence, ça me parle. Ce n'est pas de l'assistanat, c'est une main tendue à ceux qui travaillent."
Aya marque une pause, cherche ses mots, pendant que Youssef ressort le plateau de dattes. "C'est aussi une reconnaissance, je crois. Pour nos parents. Ils protègent les gens, ils sont souvent en première ligne, parfois tard le soir, parfois le week-end. Savoir que quelqu'un pense à leurs enfants, que l'institution reconnaît leur engagement... ça donne envie de les rendre fiers."
Au-delà de l'accès aux études, la convention prévoit aussi une coopération entre la Direction générale de la sûreté nationale et l'université. Les policiers pourront bénéficier des infrastructures scientifiques de l'UEMF pour des formations continues. Une façon de dire que l'alliance entre l'institution et l'université dépasse le cadre scolaire.
La nuit avance, les verres se vident, mais la discussion, elle, ne s'éteint pas. Dans son petit appartement, Badr a déjà sorti ses cahiers. Sur son bureau, une photo de son père en tenue, prise il y a dix ans. "Il n'a jamais eu la chance de faire des études supérieures, lui. Il a commencé à travailler tôt. Alors quand je lui ai parlé de cette convention, il n'a rien dit, mais j'ai vu ses yeux. C'est pour ça que je veux réussir. Pour lui, et parce que maintenant, le chemin est un peu plus large."
Le chemin est plus large, mais pas moins exigeant. Badr le sait, Yassine le sait, Aya le sait. L'excellence reste la clé. Mais désormais, la porte de l'UEMF, classée parmi les meilleures d'Afrique, s'entrouvre pour eux.
"Avant, j'étudiais parce qu'il fallait", conclut Badr en refermant son cahier. "Maintenant, j'étudie parce que j'ai un but. Et ce but, il s'appelle UEMF."
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