À Fès, un 11-Novembre de mémoire partagée : la France, le Maroc, la jeunesse et les anciens combattants face à l’héritage de 14-18
Presse scolaire
Devant les images de la commémoration du 11 novembre 1918 organisée au cimetière européen de Fès, les élèves journalistes de l’AREF Fès-Meknès ont découvert un moment d’une intensité rare : sept anciens soldats marocains, le wali de la région Fès-Meknès, gouverneur de la préfecture de Fès, la Consule générale de France à Fès , les autorités civiles et militaires, les élèves lecteurs, un public recueilli. Entre émotion, transmission et devoir de mémoire, ils racontent ce qu’ils ont vu et ressenti.
Nous n’étions pas présents physiquement au cimetière européen de Fès ce mardi 11 novembre. Mais, grâce aux vidéos et aux photographies qui nous ont été transmises par notre professeur et directeur du site www.pressescolaire.com, nous avons eu l’impression d’y entrer, de marcher entre les stèles blanches, d’entendre le vent glisser entre les cyprès. Dès les premiers instants, quelque chose de profond s’est imposé : la mémoire est un lieu vivant.
Les premiers plans montrent sept anciens soldats marocains invités à la commémoration. Parmi eux, celui qui attire notre attention immédiatement est l’ancien combattant assis dans une chaise roulante, vêtu d’une djellaba blanche. Cette blancheur, presque éclatante sous le soleil, semblait porter une signification silencieuse : la paix retrouvée après la guerre, la pureté des intentions, l’humilité des grands. Autour de lui, quatre anciens avancent en s’appuyant sur un bâton, et deux autres se tiennent droits, sans aide. Sept hommes, sept mémoires, sept fragments d’un monde ancien qui continue de parler au nôtre.
Les quatre anciens qui avancent appuyés sur un bâton, ainsi que les deux autres qui se tiennent debout sans aide, ne parlent pas dans la vidéo. Mais leurs regards parlent pour eux. Des regards lourds d’histoire, de fatigue, de loyauté, peut-être aussi de douleur ancienne. Sept silhouettes modestes mais immenses, qui incarnent une part oubliée du destin du monde.
Les vidéos montrent ensuite un moment marquant : le wali de la région Fès-Meknès, M. Khalid AÏT TALEB, et Mme la Consule générale de France, Carine FOELLER VIALLON, s’avançant pour saluer chacun des anciens combattants. Aucun n’est oublié. Le wali serre les mains une à une, avec une attention qui semble aller au-delà du protocole. Lorsqu’il s’incline légèrement vers l’ancien en djellaba blanche, on perçoit dans son regard une tendresse simple et sincère. Mme la Consule, elle aussi, prend le temps de rencontrer les yeux de chaque soldat, de leur adresser quelques mots, de faire sentir qu’elle reconnaît leur histoire et leur courage.
Cette même chaleur, ce même sens du respect, ils l’ont exprimé envers les élèves présents. Dans une séquence filmée, on voit le wali et Mme la Consule s’approcher d’eux, leur parler brièvement, les encourager, sourire avec douceur. On devine qu’ils les remercient pour leur lecture, qu’ils reconnaissent la force de leur voix. Cette image d’un responsable marocain, d’une diplomate française et d’élèves marocains réunis dans un même cercle nous a beaucoup touchés : elle ressemblait à un pont tendu vers l’avenir.
Et puis, il y a eu ce moment de lecture. Dans les vidéos, il semble que le temps s’arrête lorsque les élèves prennent la parole.
Le premier, en français, lit avec une voix étonnamment posée : « Les morts de 14-18 nous parlent encore : “Regardez ce que fut notre douleur, et choisissez, vous, la lumière.” » Autour de lui, tout semble suspendu.
Puis vient la lecture en arabe : « السَّلامُ لَيس حَقًّا مُكْتَسَبًا… »
Nous avons remarqué que plusieurs personnes du public retiennent leur souffle. Un ancien soldat ferme les yeux. La jeune lectrice met une émotion immense dans chaque mot, et son arabité donne une profondeur nouvelle au sens de la paix.
À travers les vidéos, nous avons aussi observé l’endroit lui-même. Ce cimetière n’est pas seulement un lieu de repos : il est un espace d’enseignement silencieux. Nous l’avons ressenti ainsi.
Ce qui nous a le plus marqués, c’est la manière dont les gestes des adultes s’adressaient aux anciens comme aux enfants. Une même bienveillance pour ceux qui ont vécu la guerre et pour ceux qui construiront la paix. Une même reconnaissance pour ceux qui ont donné et pour ceux qui recevront.
À la fin de notre visionnage, nous avons voulu adresser un message aux enfants et élèves du monde : La paix n’est pas un cadeau garanti. C’est un effort, une responsabilité, un choix. Nous, élèves journalistes du Maroc, voulons dire à tous les jeunes du monde : écoutez l’histoire, retenez ses leçons, respectez ceux qui ont souffert. Choisissez la lumière, choisissez la fraternité, choisissez la paix. C’est à notre génération de faire en sorte que les erreurs d’hier ne se répètent jamais.
En regardant ces images, nous avons compris que la mémoire ne se transmet pas seulement par les livres, mais par les regards, les mains serrées, les voix des enfants. Et que, parfois, la paix tient dans une djellaba blanche, dans un sourire adressé à un élève, dans la dignité silencieuse d’un ancien qui a tout donné.
Nous savons maintenant que c’est à nous, à notre tour, d’en préserver la flamme.
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